Category Archives: Non-violence

Wangari Maathai

Wangari Muta Maathai, kényane, biologiste, professeur d’anatomie en médecine vétérinaire, elle a reçu en 2004 le prix Nobel de la Paix pour ses actions efficaces, non-violentes, en faveur des forêts, de la démocratie, de défense des droits des femmes, etc.

Wangari Maathai a beaucoup contribué à

  • protéger des parcs publics et des forêts convoités par le dictateur Arap Moi
  • faire planter 47 millions d’arbres
  • faire libérer 52 jeunes injustement emprisonnés et torturés
  • obtenir des élections démocratiques qui ont permis de remplacer la dictature par la démocratie…

Elle a risqué et subi des coups, des procès, la prison, des menaces de mort, des campagnes de presse haineuses, en n’utilisant jamais la violence, comme le firent Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mendela, etc.

Citation

Le secret de la réconciliation – Irène Laure

Irène Laure (1898-1988)
Irène avait un père piémontais, sa mère venait d’un village suisse au nom sympathique de Vers-chez-les-Blancs ; elle-même était née en 1898 à Lausanne où elle avait fait toutes ses classes.

Qui se serait douté, à la voir plus tard défendre de toute son âme la classe ouvrière, quelle venait d’une famille cossue ?

Son père construisait ici un barrage, là un téléphérique. La petite Irène, sa sœur et leur mère allaient régulièrement passer leurs vacances à proximité des chantiers.

Ses parents la croyaient à l’abri des misères du monde, mais, enfant déjà, elle refusait de les ignorer : pourquoi les ouvriers de son père, qui travaillaient à la construction du premiertéléphérique de Chamonix, aux Bossons, étaient-ils pieds nus dans leurs godillots, même dans la neige ? Pourquoi, lorsqu’ils s’asseyaient pour casser la croûte, n’avaient-ils qu’un quignon de pain et un oignon ?

La cuisinière de la famille, outrée d’être soupçonnée de vol, ouvrit l’oeil : la petite Irène fut prise la main dans le sac et dut avouer que les biscuits ou le chocolat qui se volatilisaient, les chaussettes qui disparaissaient du tiroir de son père, c’était elle. C’était elle qui rétablissait la justice à sa manière. Elle l’avoua sans regrets, s’assurant du même coup la complicité de la cuisinière pour la continuation de ses oeuvres sociales…

Action directe aussi, un peu plus tard, lorsque la famille déménage dans le Midi, à Antibes : à l’âge de quinze ans, elle consacre tout son argent de poche à secourir des femmes seules et des enfants abandonnés !

Des sections du jeune Parti socialiste se créent dans la région. Irène n’a que seize ans, mais s’il s’agit de mettre fin à l’exploitation des plus faibles elle s’inscrit.

Quand éclate la guerre de 1914, comment ses parents pouvaient-ils l’empêcher de se consacrer aux blessés ? Quatre années en hôpital où elle côtoie la souffrance et la mort. Elle en ressort, un diplôme d’infirmière en poche, avec une farouche détermination de lutter contre la misère et la guerre.

Lorsqu’elle fête son vingt et unième anniversaire, le fleuriste lui apporte des roses de la part d’un admirateur, le marin Victor Laure, son futur mari.

Les années passent : cinq enfants sont nés. La Deuxième Guerre mondiale éclate.

La peur, Irène ne connait pas.

La rage, oui, depuis ce jour noir de mai 1940 lorsque son fils est arrivé dans la cuisine : « Maman, les Allemands entrent à Paris ».Un instant, elle a cru devenir folle. Puis, en un éclair, elle a su qu’elle en tout cas ne capitulerait jamais : elle entrait dans la Résistance sans savoir qu’elle y entrainerait toute sa famille, jusqu’au plus jeune qui transporterait des messages dans des tubes d’aspirine trafiqués.

Une nuit, Irène se réveille en sursaut. Dehors des soldats et des chiens. Dans sa cave, deux résistants sont cachés et les chiens auront vite fait de les découvrir. Sans réfléchir, instinctivement, elle attrape le paquet de poivre, se précipite à l’entrée de la cave et en envoie un nuage vers le seuil. Déjà les Allemands entrent dans l’immeuble, tirés par leurs chiens qui le nez au sol vont droit à la porte de la cave… Étrangement, les chiens ne continuent pas sur leur lancée. Ils cherchent de-ci de-là, tourniquent vainement. Puis impatients de sortir, ils entrainent leurs maitres au-dehors.

La guerre finie, Irène est élue députée de Marseille et nommée responsable des Femmes socialistes. À ce titre, en 1947, elle est invitée à une conférence internationale à Caux-sur-Montreux, en Suisse. Il y a là des délégués allemands, de ce peuple quelle a combattu et quelle hait.

« Non, jamais je ne resterai sous le même toit que les Allemands. »

Elle fait sa valise. Au moment de partir, elle rencontre l’animateur de la conférence qui lui pose cette question : « Madame Laure, vous qui êtes socialiste, comment voulez-vous reconstruire Europe si vous rejetez le peuple allemand ? » Interloquée, elle retourne dans sa chambre et, pendant toute la nuit, elle se débat sans pouvoir trouver le sommeil. Lui faut-il oublier son idéal de résistante et trahir tous ceux qu’a marqués la barbarie nazie?

« Seriez-vous d’accord pour que je vous fasse rencontrer un Allemand ? demande l’interprète d’Irène.
— Oui », répond Irène sèchement.

En fait, c’est une Allemande : une jeune femme blonde, simplement vêtue de noir, mais indéniablement une aristocrate. L’interprète la présente. Irène Laure regarde droit devant elle, le visage inexpressif. Elle ne tend pas la main. Sans échanger une parole, les trois femmes s’installent au jardin pour déjeuner.

Irène Laure, enfin, rompt le silence. L’effort quelle s’impose fait perler des gouttes de sueur sur son front.
« Vous représentez ce que je hais le plus au monde. Vous ne pouvez pas imaginer ce que mon pays a souffert à cause de vous. Nos femmes. Nos enfants qui ne sont plus que des petits squelettes. Nos meilleurs hommes tués, torturés. Savez-vous ce que mon fils, mon Louis, a souffert ? Et nos morts vivants qui reviennent de vos camps ! C’est moi qui les reçois, à l’hôtel Lutétia… »

Impassible, l’interprète traduit phrase par phrase. L’allemande regarde son assiette sans la voir. Ses mains tremblent. Irène Laure parle longtemps, égrenant ses terribles souvenirs de la Résistance. Soudain, elle se tait. Pour la première fois, elle tourne les yeux vers son interlocutrice.

« Si je vous dis tout cela, Madame, c’est que je veux me libérer de ma haine. »

Le soleil joue entre les feuilles. Les assiettes sont intactes, oubliées. Le temps s’est arrêté.

« J’aimerais vous parler de moi, si vous le permettez, dit enfin la jeune femme. Mon mari a fait partie du complot du 20 juillet contre Hitler. Il a été arrêté. Il a été pendu. Pendant que j’étais en prison, mes deux enfants ont été enlevés à notre famille et mis sous de faux noms dans un orphelinat. Maintenant que je les ai retrouvés, j’essaye de les élever de mon mieux. Je me rends compte que nous n’avons pas assez résisté, que nous n’avons pas résisté à temps. À cause de nous, vous avez terriblement souffert. Pardonnez-nous, je vous en prie. »

Irène Laure se surprend elle-même à dire : « Ô Dieu, libère-moi de ma haine pour que nous puissions construire un monde meilleur pour nos enfants ».

Onze semaines durant, Irène Laure a parcouru l’Allemagne dévastée, Victor à ses côtés. Deux-cents fois, elle a pris la parole en public, deux-cents fois elle a demandé pardon d’avoir haï. Plus tard, Irène dira : « Lorsque j’ai pu demander publiquement pardon aux Allemands pour ma haine, j’ai senti s’envoler de ma poitrine un poids de cent kilos ».

À Berlin, ce ne sont pas tant les ruines qui l’oppressent, kilomètre après kilomètre, mais ceux qui les hantent. Les familles qu’on aperçoit au seuil des caves, sous des murs écroulés. Et, au milieu des décombres, les centaines de femmes qui vont et viennent. De leurs mains nues, elles ramassent dans les décombres briques, pierres et cailloux quelles alignent en petit tas le long de ce qui fut une rue. Un fichu délavé sur la tête, elles ont pieds et mains en sang.

« C’est ce que j’ai voulu, se dit Irène Laure. Moi, mère française, c’est ce que je voulais. J’ai souhaité la destruction de l’Allemagne, je me suis réjouie quand les bombardiers passaient au-dessus de nos têtes. »
Elle regarde ces femmes. La souffrance, la honte la brûlent.
On improvise une petite estrade : quelques pierres suffisent, et il n’en manque pas. On bat le rappel. De partout arrivent des femmes, marchant en silence, sous le ciel gris, courbées dans la crainte de quelque nouvelle calamité.

« Jamais plus, leur dit Irène Laure, jamais plus une telle misère. Je vous jure, je vous jure, je vous jure que je donnerai le reste de ma vie pour que la misère que vous vivez ne soit plus possible dans le monde. »
Des visages se relèvent, des regards s’allument. Elles n’écoutent pas tous les mots, elles entendent le coeur.
Des années plus tard, quand elle sera grand-mère, puis arrière-grand-mère, le regard des femmes de Berlin lui donnera le courage de persévérer.

Jusqu’à sa mort, elle ne cessera plus de voyager, faisant plusieurs fois le tour du monde pour répéter ce message nous pouvons nous libérer de nos haines et choisir la paix. «Au lieu de lancer des bombes ou de faire marcher les canons, faites silence et écoutez. Pour les uns c’est la voix de Dieu, pour les autres, la voix de la conscience. Mais chaque homme, chaque femme, nous avons la possibilité de participer à un monde nouveau, si nous savons écouter notre coeur dans le silence. »

Pour en savoir plus :

Jacqueline Piguet-Koehlin, Pour l’Amour de demain, éditions de Caux, 1985. Pour l’Amour de demain, vidéo-cassette disponible au siège de l’AERE, + DVD et vidéo-cassette au siège de « Initiatives et changement ».

Irène Laure fut, selon Robert Shumann, la personne qui agit le plus pour réconcilier les allemands et les français .

Elle fut invitée dans plusieurs pays, pour témoigner. Elle contribua à éviter plusieurs conflits.

Par exemple, Un jour, Masmoudi, seul responsable des résistants tunisiens en liberté, entendit le témoignage d’Irène Laure, au Centre de Caux, près de Genève, d’où il projetait de rejoindre l’Égypte, pour relancer la lutte armée contre la France .
Très ému de ce témoignage, il se dit « la haine entre les tunisiens et les français n’est pas aussi forte que celle qui existait entre les Allemands et les Français. Puisque ces deux derniers peuples ont réussi à se réconcilier, Tunisiens et Français pouvons le faire aussi. Et au lieu d’aller relancer la lutte armée, il revint à Paris, dialogua avec le ministre concerné et la Tunisie fut décolonisée pacifiquement… Il en fut de même au Maroc et dans d’autres pays.

Pour l'amour de demain from IofC Film Archives on Vimeo.

Vidéo

Les femmes font la paix (Israël)

Le pacifisme en Israël est très actif et ce depuis longtemps, bien que passé sous silence.

Le mouvement des femmes « Women Wage Peace » (les femmes font la paix) qui rassemble des milliers de juives, musulmanes, chrétiennes, athées… originaires du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique, force l’admiration.

Superbe et très émouvant clip


La chanson « Prayer of the Mothers » (La prière des mères) est née de l’alliance entre la chanteuse Yael Deckelbaum et un groupe de femmes courageuses, qui dirige le mouvement « Women Wage Peace ».
Le mouvement a pris naissance à l’été 2014 pendant l’escalade de la violence entre Israël et les Palestiniens et l’opération militaire « Bordure protectrice ».
Le 4 octobre 2016, des femmes juives et arabes ont commencé par le projet conjoint « Marche de l’espoir ».
Des milliers de femmes ont marché du nord d’Israël à Jérusalem dans un appel pour la paix. Un appel qui a atteint son apogée le 19 octobre, dans une marche d’au moins 4000 femmes, la moitié d’entre elles, palestinienne, et la moitié israélienne, à Qasr el Yahud (au nord de la mer Morte), dans une prière commune pour la paix.
Le soir même, 15000 femmes protestèrent devant la Knesset à Jérusalem.
Les marches ont été rejointes par la lauréate du prix Nobel de la paix 2011, Leymah Gbowee, qui a amené la fin de la Seconde Guerre civile libérienne en 2003, grâce à la mobilisation des femmes.

Dans la chanson, Yael Deckelbaum a inclus un enregistrement de Leymah, échantillonné à partir d’une vidéo youtube dans laquelle elle avait envoyé ses bénédictions au mouvement.

La Solidarité dans la Nature

Je venons de découvrir que deux des plus grands naturalistes, le chrétien, Jean Marie Pelt (auteur de 30 livres et notamment la solidarité chez les plantes, les animaux et les humains), et l’anarchiste, Pierre Kropotkine, La solidarité, ont démontré que ce sont les sociétés animales et humaines qui ont le plus pratiqué la solidarité qui ont le plus prospéré.

Le saviez-vous ?

En connaissez-vous d’autres ?

 

Le nazisme et le Danemark

Lorsque Hitler exigea que les juifs danois soient raflés et déportés, il se heurta à une résistance inattendue… Les troupes danoises, avec leurs chefs en tête, refusèrent de collaborer aux ordres du Reich.

En août 1943, le nazi Himmler voulut s’attaquer résolument au « problème juif danois ». Un camp de déportation fut préparé à Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. Il devait « accueillir » les 7800 juifs danois recensés. L’été 1943 se déroula sans que les nazis réussissent à déporter un seul juif. L’impitoyable fasciste Rolf Günther fut alors envoyé au Danemark. Celui-ci décida que les juifs danois seraient tous capturés et déportés dans la nuit du 1er octobre. Ces derniers s’attendaient depuis longtemps à une telle éventualité, mais ils avaient reçu l’aide et la protection de la part de l’ensemble des danois, depuis le début des hostilités.

N’étant pas sûr des troupes allemandes occupant le Danemark -elles s’étaient quelque peu « dé-fascisées » au contact de la population- Rolf Günther fut obligé d’amener d’Allemagne des unités spéciales de police. Au total, seulement 477 juifs furent arrêtés sur les 7800 juifs. Les juifs rescapés de cette gigantesque rafle ne furent plus pourchassés, car les nazis eurent à mesurer la capacité des la résistance non-violente et unanime du peuple danois. Himmler comprit que ses troupes ne formaient plus un bloc monolithique sans faille quand elles occupaient un pays où la population utilisait la résistance non-violente. Quant aux 477 juifs déportés à Theresienstadt, 48 seulement y moururent, car de multiples institutions et de nombreux particuliers ne cessèrent de harceler les autorités allemandes pour demander des nouvelles et la libération de ces 477 danois comme les autres.

Mode de résistance

  • Lorsqu’un soldat allemand demandait son chemin à un(e) danois(e), ce dernier faisait semblant de ne pas entendre.
  • Lorsqu’un soldat allemand rentrait dans un magasin, aussitôt la plupart des danois présents sortaient… Les commerçants prirent donc l’habitude d’accueillir le plus souvent avec « fraicheur » les occupants, puisqu’ils faisaient fuir les clients danois.
    De même, lorsqu’un Allemand rentrait dans un restaurant, une partie des clients, ceux qui n’avaient pas commencé leur repas, sortaient de suite.
  • De temps en temps, une consigne circulait sous le manteau de tel jour, effectuer telle manifestation « spontanée ». Par ex, le 1er mai, tous les danois portaient du muguet. Le jour de la fête nationale danoise, les familles circulaient vêtues chacune d’un habit dont l’ensemble était aux couleurs du drapeau danois.
  • De temps en temps, une grève se déclenchait (par ex pour améliorer la sécurité sur les chantiers, ou sitôt que la moindre modification était apportée à leurs habitudes de travail, etc.).
  • Lorsqu’un concert était organisé par les occupants, presque aucun danois n’y assistait (contrairement à d’autres pays où les foules s’empressaient d’assister aux concerts offerts par les nazis)
  • Évidemment, lors des défilés militaires, aucun Danois ne venait les applaudir, ni même les regarder.

Racines de l’esprit de résistance

Il est intéressant d’étudier pourquoi ce peuple danois fut si unanime pour résister aux occupants, le plus souvent sans utiliser la violence.

Dans les années 30, lors de la grande dépression, un groupe de Danois d’un mouvement chrétien, après méditation et discussions, décidèrent de s’attaquer au problème du chômage, qui causait tant de drames. Ils décidèrent de proposer aux habitants de leur ville de se grouper par dix et que chaque groupe s’ingénierait à faire travailler chacun un chômeur, — couper du bois, défricher un terrain inemployé pour y faire planter des arbres, faire du soutien scolaire, de l’accompagnement de personnes âgées ou handicapées, améliorer son habitat, restaurer de vieilles maisons, etc.

Ils réussirent à résorber une grande partie du chômage.

Évidemment, petit à petit cette réussite fut connue. Les autorités de la région convoquèrent les initiateurs de cette réussite pour leur proposer d’élargir leur action au niveau de la région. Après nouvelles méditations et discussions, ces initiateurs proposèrent un plan d’action qui fut accepté et par les décideurs régionaux et par la population.

Quelque temps plus tard, ce fut le gouvernement national qui convoqua les initiateurs pour qu’ils étudient un plan à l’échelle nationale. Nouvelles méditations, discussions, puis proposition d’un plan qui, accepté par tous, permit de résoudre la plus grande partie du chômage.

Lorsque les nazis envahirent le Danemark, ils rencontrèrent une population très solidaire, y compris envers les Juifs, les marginaux, les homosexuels, et peu habitués à une telle résistance, souvent ils ne surent comment réagir. Ce qui augmenta la confiance des Danois en eux, et en leur capacité de résistance non-violente.
Question : pourquoi la grande majorité des enfants des différents pays du monde ne connaissent pas ces résistances non violentes ? Pourtant très efficaces ?

les 50000 Juifs bulgares sauvés

Si, dans l’état actuel des connaissances, il existe quelques doutes sur le rôle du roi, du gouvernement bulgare et du parti communiste clandestin, il n’en existe aucun sur le fait que la population bulgare a fait obstacle, par des moyens non-violents, à la déportation.

La situation des Juifs de Bulgarie avant 1941

La Bulgarie avait été soumise pendant près de cinq siècles à la domination ottomane. Chrétiens orthodoxes et Juifs s’y trouvaient alors dans une situation semblable, celle de citoyens de seconde zone, les dhimmis. Pendant la guerre qui libéra le pays des occupants turcs, en 1877, les deux communautés, chrétienne et juive, combattirent côte à côte, ce qui fit naître entre elles un sentiment de solidarité rare en Europe.

Cependant, dès le début de 1939, et donc bien avant que la Bulgarie ne devienne une alliée officielle de l’Allemagne nazie, des organisations bulgares pro-nazies, sans doute très minoritaires, organisent des manifestations contre les Juifs et, en septembre, des attaques contre les magasins juifs de Sofia. Selon les autorités communistes au pouvoir en Bulgarie jusqu’en 1990, le Parti Ouvrier Bulgare aurait alors dénoncé ces violences.

En 1940, le gouvernement ayant été confié par le roi Boris III à Bogdane Filov, germanophile convaincu, des mesures officielles commencent à être prises contre les Juifs. Ces mesures, regroupées dans une Loi sur la défense de la nationdéclenchent, entre octobre 1940 et janvier 1941, une série de protestations émanant de tous les milieux. L’Église orthodoxe, les intellectuels, les écrivains, les organisations ouvrières manifestent leur opposition absolue à cette loi qui est cependant votée à la fin du mois de janvier 1941.

La Bulgarie alliée des nazis : premier essai de déportation.

Le 1er mars 1941, la Bulgarie adhère au Pacte tripartite et devient ainsi, officiellement, l’alliée de l’Allemagne. Les armées allemandes entrent alors en Bulgarie d’où elles attaquent, en avril, la Grèce et la Yougoslavie. Les armées bulgares ne participent pas à cette agression mais sont ensuite chargées par les Allemands de contribuer à l’occupation de ces deux pays.

La situation des Juifs s’aggrave alors. Nombre d’entre eux sont assignés à résidence et un impôt spécial est créé, permettant à l’État de s’emparer du quart de leurs biens.

En juin et juillet 1942, le gouvernement bulgare reçoit les pleins pouvoirs pour la résolution de la « question juive ». Il crée alors un commissariat spécial aux questions juives qui introduit le couvre-feu obligatoire, des rations alimentaires réduites, le port de l’étoile jaune. Les Juifs ne peuvent plus quitter leur lieu d’habitation ni posséder récepteurs de radio et appareils téléphoniques. Leurs maisons doivent être signalées par un écriteau, certains lieux publics leur sont interdits et leur activité économique est limitée. Et, lorsque le Ministère des Affaires étrangères allemand donne l’ordre de déportation, son homologue bulgare répond : « Le gouvernement bulgare accepte la proposition du gouvernement allemand de procéder à la déportation de tous les Juifs de Bulgarie ».

Mais, au mois de septembre, suite à de nouvelles mesures antijuives, le métropolite [ prélat orthodoxe ] Stéphane de Sofia affirme dans un sermon que Dieu a déjà suffisamment puni les Juifs d’avoir cloué le Christ sur la croix en les condamnant à l’errance et qu’il n’appartient pas aux hommes de les torturer et de les persécuter davantage. A l’intérieur du gouvernement, certains ministres semblent hésiter. Le Ministre de l’Intérieur accepte ainsi, à la consternation des Allemands présents, de recevoir pendant une demi-heure une délégation de Juifs venus lui apporter une pétition. Un autrerefuse de signer un décret prévoyant de nouvelles mesures. Le ministre de la Justice exige que le port de l’étoile ne soit plus obligatoire et qu’on mette fin à toutes les expulsions.

En janvier 1943, Théodore Danecker, qui avait déjà organisé la déportation des Juifs de France, prend en main celle des Juifs bulgares vers « les régions orientales du Reich » (en fait, la Pologne). Mais, craignant une résistance de la population, il décide de procéder par étapes. On commencera par déporter 20000 Juifs, dont ceux de Grèce et de Yougoslavie, soit 11343 personnes, auxquels on ajoutera 8600 Juifs bulgares choisis parmi les Juifs « riches et éminents ».

La déportation des Juifs grecs et yougoslaves fut subite et brutale. Conduits à travers la Bulgarie par deux trains jusqu’au port de Lom sur le Danube, ils furent ensuite transbordés sur quatre bateaux bulgares jusqu’à Vienne, via Belgrade et Budapest, puis conduits à Treblinka. Pendant la traversée de la Bulgarie, la population bulgare fit preuve de solidarité envers les déportés, mais le convoi ne put être arrêté. Mais lorsqu’il s’agit de déporter les 8600 Juifs bulgares prévus, les choses se compliquèrent. Ils devaient être rassemblés de 34 villes bulgares et envoyés dans des centres de regroupement à Pirot et à Radomir avant d’être déportés en Pologne.

À Kustendil, ville située à l’ouest du pays et où vivaient 940 Juifs, le début des opérations de regroupement provoqua une vague d’indignation. Des délégations se rendirent à la mairie pour protester contre ces mesures. De nombreux télégrammes puis une délégation composée de personnalités furent envoyés à Sofia. La protestation prit une telle ampleur que le ministre de l’Intérieur ajourna l’ordre de déportation de Kustendil. Quarante-trois députés qui avaient pourtant voté la loi antijuive « sur la défense de la nation » envoyèrent une note au Premier Ministre pour s’opposer à la déportation.

À Plovdiv, 1500 à 1600 Juifs furent arrêtés dans la nuit du 9 au 10 mars. Comme à Kustendil, la population protesta par tous les moyens possibles. Le métropolite de Plovdiv, Cyrille, envoya des télégrammes de protestation au roi et au gouvernement, déclarant qu’il accompagnerait avec la croix les Juifs bulgares jusqu’en Pologne et qu’il renoncerait à sa loyauté envers l’Etat si la déportation n’était pas suspendue. Dès le lendemain, les autorités libéraient les Juifs arrêtés.

À Doupnitsa, le métropolite Stéphane, de Sofia, fut le témoin involontaire des arrestations. Indigné, il envoya un télégramme au roi Boris III : « Ne persécute pas les gens pour ne pas être persécuté à ton tour. Qui sème le vent récolte la tempête. Sache, Boris, que des cieux Dieu voit chacun de tes actes. »

Le 15 avril 1943, les membres du Saint-Synode rencontrèrent Boris III et demandèrent l’arrêt des mesures de déportation. Le roi et le gouvernement cédèrent et la déportation fut provisoirement suspendue.

Belev, le commissaire chargé des questions juives, et le SS Danecker dénoncèrent cette suspension comme une atteinte à l’accord signé avec l’Allemagne. Mais ils ne pouvaient agir de leur propre chef.

Source

Acquisition de l’autonomie politique, sans utiliser la violence

Exemples d’acquisition d’autonomie

  • AMAP– (associations pour le maintien de l’agriculture paysanne). Chaque semaine, un panier de légumes et fruits de saison est mis à disposition des adhérents -citadins en général- de l’AMAP du coin.
  • Coopératives de travail– (coopératives de travail créées par Jaurès et Boismondeau, coop de travaill créée par Lanza del Vasto) –Ardelaine-Mondragon – Marinaleda- d’après les articles de la CEN.
  • les tontines d’Afrique, la Banque des pauvres, etc.
  • les actions des citoyens du monde (prêt à une coopérative qui, après avoir remboursé le prêt, prête à son tour à une autre coopérative). Cela est le but, mais dans la réalité, comment cela se passe-t-il ?
  • un film du Conseil œcuménique des églises montrait un médecin états-unien qui soignait gratuitement les paysans paraguayens. En parlant, il leur demandait s’ils étaient heureux de leur sort. À ceux qui regrettaient leur vie autonome d’autrefois (ils s’étaient laissés convaincre de céder à bas prix leurs terres aux multinationales pour aller travailler en usine -comme les Haïtiens…), il demandait : « n’aimeriez-vous pas racheter des terres et retrouver votre indépendance d’autrefois ? À ceux qui acceptaient, il prêtait l’argent pour racheter des terres. Par la suite, ces paysans non seulement remboursaient le prêt, mais ensuite après s’être formés comme infirmiers, ils allaient soigner gratuitement les malades dans d’autres villages, pour faire connaitre comment ils s’étaient affranchis. Ne faudrait-il pas enquêter auprès du Conseil Œcuménique des Eglises pour savoir ce qu’est devenue cette remarquable opération de libération ?
  • Charbons ardents : rachat de la mine par les miniers licenciés ; ils ont prospéré.
  • Actions si courageuses de l’anarchiste Louis Lecoin (13 ans de prison, jeûne à mort pour faire voter par De Gaulle un statut pour les objecteurs de conscience).
  • Actions en faveur de la Paix de Jean Jaurès (assassiné le 31 juillet 1914. Le lendemain, la France a déclaré la guerre à l’Allemagne). Le film : Naissance d’un géant » retrace la vie de ce héros méconnu…
  • Irène Laure, députée socialiste qui a été une des plus efficaces pour réconcilier les Français et les Allemands. Excellent livre : « Pour l’amour de demain » 
  • Masmoudi qui, prêt à aller au Caire pour continuer la lutte armée pour libérer la Tunisie, choisit la méthode non-violente, pour que son pays, accède à l’indépendance. après avoir entendu le témoignage d’Irène Laure.
  • Iles de Paix. initiés par le belge Dominique Pire, (prix Nobel de la Paix 1954). Après la 2ème guerre mondiale, D. Pire a réussi à « reclasser » 70000 personnes déplacées qui avaient été jugées « inclassables »…
  • Corrie Ten Boum .